Le contrat avec la vie

Je me suis fait le cadeau d’une longue pratique ce matin. L’élan était là et près de 2 heures devant moi. Mon habitude, en dehors des cours, est plutôt à de courtes séances. 3 à 4 postures nourries et entrecoupées du souffle, suivies d’une assise. L’intention : re-éveiller la connexion, s’ancrer en soi pour savourer avec plus de conscience l’expérience vivante du quotidien. Aujourd’hui j’avais l’envie d’un peu plus, alors j’ai négocié avec « l’entrepreneuse » en moi qui avait envisagé des tas d’activités beaucoup plus productives pour ma matinée. Cette partie de moi a de nombreux projets (dans la tête) et court (assez vite et souvent en rond !) après leur réalisation… Mais pour l’avoir expérimenté à de nombreuses reprises, elle sait combien ces temps de retour à soi sont précieux pour l’équilibre global et combien ils sont également à son service, en me permettant de revenir aux projets avec un mental allégé, éclairé et plus de créativité 😉

Gratitude infinie pour Eva Ruchpaul, dont l’enseignement de cet art de vivre qu’est le yoga, d’une grande subtilité, continue de m’accompagner jour après jour. Gratitude pour tous ces éveilleurs, passeurs de conscience, qui invitent ceux qui en ont l’élan et le courage (car oui il en faut !) à la recherche intérieure. Pour re-découvrir que tout ce que nous cherchons vraiment, au fond, n’est nulle part ailleurs qu’ici et maintenant, toujours présent. L’unique endroit où se révèle et se goûte le sel de la vie.

Je me suis replongée ces derniers temps dans La demeure du silence, ouvrage publié en 1975 sous forme d’entretiens (mon favori dans la bibliographie d’Eva Ruchpaul), je ne résiste pas à l’envie de vous en partager les premières lignes :

« LE CONTRAT AVEC LA VIE

Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde. Albert Camus (Noces)

Anne Philipe (A.P.) : Nous nous connaissons depuis près de huit ans. Et c’est seulement, il y a quelques mois, qu’un jour au fil d’une conversation, vous avez employé le terme de contrat avec la vie. Cette expression m’a frappée, et c’est sans doute d’elle qu’est partie l’idée de ces entretiens. Je vous propose donc comme point de départ de préciser ce que vous entendez par contrat avec la vie.

Eva Ruchpaul (E.R.) : C’est nouveau pour moi de considérer mon état comme un contrat. Mais en fait, c’est vrai. J’ai toujours eu l’impression qu’il était dommage, inutile et triste de vivre, en oubliant que j’étais, moi, sursitaire.

A.P. : Mais nous sommes tous en sursis.

E.R. : Oui, mais plus ou moins sensibles à ce délai. Je pense que chacun en a eu connaissance au moins une fois dans sa vie, mais qu’il est courant de le garder hors mémoire. Il semble qu’il y ait une conspiration tacite, une complicité silencieuse des gens et de leur histoire, qui leur fait perdre le sens, la saveur du sursis.

A.P. : Vous voulez dire que la complicité naît d’une perte de connaissance progressive de la réalité.

E.R. : La perte de conscience me semble presque voulue, organisée. Comme une couche protectrice que les gens sécréteraient, pour s’abriter de leur propre acuité d’intelligence, et qui finirait par les enliser. Une manière d’entraide collective et implicite vers un assoupissement confortable. En Occident, à l’heure actuelle, tout vous porte à oublier le sel de l’instant, l’acuité de perception, le sens de l’existence, la gloire de conscience. Enfin, on peut donner toutes sortes de noms à cette manière d’être, que tout le monde reconnaît comme possible, mais nous continuons à ériger le comportement de l’autruche en système : on met la tête sous la pierre, préférant ne pas savoir.

Seules les crises, les ruptures nous rendent la vue claire. Par exemple, prenons un individu qui aurait été alité par une maladie grave, il a vu les gens se promener verticalement et habiter un autre univers, pendant très longtemps, il s’est vu relégué hors du monde des bien-portants. Puis un jour vient, où il se retrouve dans la rue ; l’air nouveau, le manque d’égards des passants, tout lui prouve qu’il n’est plus malade. Tout lui est donné, il peut faire ce qu’il veut : il lui arrive quelque chose à ce moment précis… Je pense que mon pari a été de chercher à prolonger ce « quelque chose » au jour-le-jour, à l’instant-l’instant. Il n’y a aucune raison pour que je me laisse oublier que là est l’important de ma vie ».

yoga contrat avec la vie

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