L’effort de ne pas faire d’effort

effort de pas faire d'effort

Tous les enseignements spirituels nous invitent depuis la nuit des temps à faire ce retour vers soi, aller à sa rencontre, mieux se connaître. Pour découvrir ou redécouvrir la Présence, la Paix qui préexistent à tout. Et depuis là, retrouver la Joie d’être vivant et de l’exprimer pleinement.

J’ai la sensation que tout travail de transformation intérieure – vers la liberté et la joie d’être – implique :

  •  le développement en soi d’une qualité d’attention, de discernement, qui nous permet d’accéder à une Présence : il y a un espace qui est là, qui a les moyens de voir arriver tout ce qui me traverse – pensées, émotions, sensations, perceptions – sans s’identifier à toutes ces formes changeantes, mouvantes… 
  • d’aborder notre propre expérience avec une totale et complète ouverture, qui est une forme de courage : cet élan d’amour que nous avons vers l’extérieur, que nous attendons qu’on nous offre, il est là, en nous, pour nous. Dans cet embrassement chaleureux, nous pouvons aussi nous trouver  ♥️

« Mais personne ne nous doit rien, surtout pas ceux que nous aimons ! 
Ils nous ont déjà tout donné !
lls ont réveillé en nous l’amour ! »
(Christiane Singer, dans « Du bon usage des crises »)

Cette présence bienveillante permet à la forme figée de se détendre naturellement. Ce n’est pas nous qui produisons cette détente, cette guérison. Celle-ci se produit en présence de l’amour. Les noeuds de nos expériences veulent simplement être autorisés, accueillis, ils veulent s’écouler avec fluidité. Ils ne veulent pas être manipulés ou transcendés ou résolus. Ils ne veulent même pas d’un accueil qui aurait pour projet de les changer en quelque chose d’autre, de plus « évolué ». Ils veulent tout simplement la présence d’un espace permettant à ce qui est d’être.

Chacune de nos pratiques de yoga est un prétexte à cette qualité de rencontre.
Simple ? Et pourtant…

« C’est facile de dire « je t’aime ». Facile de parler d’amour, de présence, de conscience, et d’une profonde acceptation de ce qui est. C’est facile d’enseigner, de dire des choses qui sonnent vrai, bien, et spirituel. 

Mais ce ne sont que des mots.  Il y a un monde avant les mots. Quand la colère monte, peux-tu rester près d’elle, et ne pas l’endormir ni péter les plombs ? Quand la peur envahit le corps, peux-tu respirer en elle, et ne pas te laisser happer par elle ni la fuir en te racontant des histoires, mais rester juste au milieu ? Quand tu te sens blessé, rejeté, mal aimé, abandonné, peux-tu faire de la place à ce sentiment, l’accueillir dans ton corps, t’incliner devant son intensité, son feu, sa présence, et éviter d’agresser, de réagir avec violence ou d’injurier les autres ? Peux-tu t’engager à ne pas t’abandonner toi-même au moment où tu as le plus grand besoin de ton amour ? 

C’est facile de parler d’amour. C’est facile d’enseigner et de prêcher. Jusqu’à ce que les anciennes blessures se rouvrent. Jusqu’à ce que la vie ne fasse plus ce que nous voulons. Ce qui te stimule est pour toi une invitation à t’aimer toi-même plus profondément. Peux-tu le voir? 

Il n’y a pas à avoir honte de cela. Nous avons tous des zones sensibles. » (Jeff Foster, dans « La joie de la vraie méditation »)

Je me souviens du partage d’une enseignante à propos de cette absolue incapacité que nous ressentons parfois à accueillir notre expérience ; parce que le choc est trop rude, parce que la plaie est profonde… parce que tout en nous semble dire « non » à ce qui est. Elle proposait alors ce petit mouvement intérieur : « est-ce que tu pourrais t’ouvrir à 100% au fait que c’est complètement fermé en toi à cet instant, que rien ne veut accueillir »… Alors c’est vrai, si je reste avec cela, si je m’ouvre à cette réalité, à 100%… quelque chose se détend. Car cet espace ouvert, bienveillant, accueillant : ce n’est pas ce que nous faisons, c’est ce que nous sommes.

La vie nous accepte complètement dans le moment, y compris le fait que nous ne l’acceptons pas à cet instant.

Une attention aimante

Toute notre séance nous amène à densifier naturellement l’état d’attention, à l’aimer même, de plus en plus.

Le vécu postural, l’exercice du souffle nous invitent constamment à ce mouvement intérieur qui consiste à se rendre attentif, de cette attention bienfaisante que souvent je cherche à l’extérieur, alors qu’elle est accessible ici, en moi, à tout moment.

De cette attention qui se fait plus fine, plus continue, se déploie le discernement : qui suis-je ? Peut-être plus, beaucoup plus, que ce que je pensais être… Dans mon expérience intime sur le tapis, je vis un fourmillement de sensations, de couleurs émotionnelles, de pensées plus ou moins agitées, d’états d’être singuliers ; tout cela va et vient, mouvements éphémères d’un espace beaucoup plus vaste et tranquille dont la présence nue se découvre au rythme de ma danse, entre intention et lâcher prise.

Pour pouvoir lâcher, j’ai besoin d’avoir rencontré. Et c’est dans, et de, la qualité même de cette rencontre infiniment subtile que nait le lâcher prise. Au fil des propositions, ne rien rejeter des sensations qui se présentent, les écouter, les aimer, leur offrir un espace d’expression, les laisser s’en aller… Et doucement goûter, au cœur de l’instant, le calme inhérent à toute manifestation.

Alors la pratique devient une célébration de l’univers et de la vie en ses formes infiniment variées.